" Un autiste profond passe sa vie en prison. Un Asperger la passe au zoo..." - S.F -

jeudi 19 mai 2016

C'est grave, docteur ?

Si je résume et si j'ai bien tout compris, être Asperger c'est :


  • ne pas savoir parler pour ne rien dire.

"Bonjour ça va ?
- Ben oui, et toi ça va ?
- Ouais, le top. Il fait beau aujourd'hui, hein ?
- Ah oui, trop. Il était temps, hein.
- Tu m'étonnes... Bon ben salut, alors !
- Oui, c'est ça, à plus !"


Waouh. C'est vrai que là, on passe à côté de quelque chose, indéniablement !
Non mais franchement, moi j'appelle ça "faire du vent". Parce qu'au final, il s'est passé quoi, entre ces deux personnes ? Rien du tout. Elles ne se seraient pas parlées, ça aurait été pareil.

Entre Asperger, ça donnerait plutôt ça :
"Bonjour, comment vas-tu ?
- Pas fort, chuis crevée. Je dors pas bien en ce moment, j'arrête pas de gamberger, ça m'épuise.
- Ah oui, je vois. Je connais bien. Tu sais quoi ? j'ai essayé la valériane, franchement ça m'a fait du bien.
- Merci du tuyau, ça coûte rien d'essayer en effet. Bon, ben je profite qu'il fasse beau pour aller m'en acheter une boîte, tiens.
- Ok, alors à plus, et surtout repose-toi bien !"
Parce que quand on demande comment va l'autre, on attend une vraie réponse, on s'intéresse vraiment à son état de santé, et si l'interlocuteur répond sincèrement, alors un dialogue constructif peut avoir lieu.

De ces deux dialogues, devinez lequel je préfère ?

  • ne parler que de soi et de ce que l'on connait
Et ? Il est où le problème ? Vous ne pensez pas que tout le monde devrait en faire autant ? Parler de ce que l'on connait, et uniquement de ce que l'on connait, devrait être la base même de tout échange. Ca éviterait 

les rumeurs :
-"Tu sais quoi ? Madame Corne est cocue !
- Ah bon ? Tu couches avec son mari ?  (exemple de mauvaise réponse)
- Ah oui, t'es sûre ?
- A 200%. En plus, c'est Machine qui me l'a dit. Elle est au courant, parce qu'elle connait très bien la cousine de l'arrière grand-tante de Mr Corne, en fait elles bossent ensemble alors tu vois... Mébon je te dis ça je te dis rien. 
- Pauvre Mme Corne... C'est clair que c'est pas le genre de truc à répéter. En même temps, ma voisine la connait bien, leurs enfants sont dans la même école je crois. Faut que j'aille lui raconter ça, elle va pas en revenir !"

les préjugés :
- un autiste, ça parle pas

le racisme :
- les roms, tous des voleurs



et j'en passe.

  • ne pas bien décrypter les émotions :
Dit comme ça, ça peut être embarrassant. On demande à une personne comment elle va, elle nous répond que ça baigne et cinq minutes après elle fond en larmes. 
C'est gênant. 
Oui, mais. Si cette personne, au lieu de nous répondre que ça va, nous avait dit tout simplement la vérité, à savoir qu'en fait non, ça va pas du tout, on aurait su gérer. Si elle nous tait l'information, c'est vrai qu'on ne peut pas deviner. Mais si elle nous en parle, on comprend et on peut agir : compatir, rassurer, consoler. Car on ne manque pas d'empathie !
En résumé, on ne sait peut-être pas décoder ce que l'autre veut nous cacher, mais on sait s'y intéresser de très près. 

La personne "normale", elle, sait lire les signes de malaise chez l'autre, mais elle n'en a rien à faire. Au final, qu'est-ce qui est le mieux ?



  • avoir des paroles ou des réactions inadaptées
Ah. Inadaptées, dites-vous ? Parce qu'authentiques et sans filtre ? Et ? 
Ca peut vexer l'autre, le mettre mal à l'aise, le blesser. Pourtant, on dit qu'il n'y a que la vérité qui fâche. C'est de ma faute à moi si les gens sont susceptibles ?


  • avoir des "intérêts restreints"
Bon, on pourrait dire des passions, des domaines d'intérêts, tout de suite ça fait moins pathologique, mébon... Soit. 
Il est où, le problème ? On serait les seuls ? Que dire des footeux qui connaissent le classement de toutes les équipes dans chaque ligue, le montant de chaque transfert, le petit nom du moindre entraîneur et jusqu'à la couleur des caleçons des joueurs ? 
Ils sont pourtant légion, et on ne leur confisque pas pour autant la zapette lorsqu'ils se relèvent à deux heures du mat' pour regarder en direct sur leur télé XXXXL achetée pour l'occasion le match France/Mozambique en seizième de finale de la coupe du monde. 
Ok, certains d'entre nous connaissent tous les horaires des trains et tous les changements sur toute la France, dimanche et jours fériés compris. D'autres vont vous parler avec une gourmandise non feinte des différents modèles de turbines, hélices et arbres à came utilisés de 1952 à nos jours sur les Corsica Ferries. 

Au moins, reconnaissons leur l'élégance de ne JAMAIS parler politique !


  • avoir des rituels et des routines 
Dites-moi, ça gêne qui, au juste ? D'autant que ces fameux rituels ne concernent le plus souvent que notre vie quotidienne et ne sont pas visibles "en société". 
Donc, je repose la question : qui est-ce que ça gêne si je préfère empiler mes livres plutôt que les ranger sur la tranche ? Commencer à aspirer mon salon toujours par le coin diamétralement opposé à la porte d'entrée ? Me laver les dents plus de trois fois par jour ? Tirer systématiquement les quatre coins de mon oreiller et en tapoter le centre huit fois avant de poser ma tête dessus ? Classer ma liste de courses en fonction des rayons ?

Et puis, serions-nous les seuls compulsifs obsessionnels en ce bas monde ?

Bref, vu comme ça et de loin, on dirait bien qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat. 
Du coup, je cherche à comprendre, moi. 

Pourquoi ces différences (et j'insiste bien sur le mot différence), finalement bien futiles et minimes, deviendraient un handicap dès lors qu'on les cumule ? 
Qu'ont-elles de si dérangeantes pour que notre société veuille à tout crin les gommer ? 
Pourquoi devrions-nous être sans cesse dans l'adaptation alors que la grande majorité de nos interlocuteurs ne s'adapte pas à nous ?
Comment ces différences, que je trouve bien légères, peuvent au final générer de tels sentiments de décalage, de souffrance et de solitude ? 

Serions-nous seuls en cause ? 


Et si le Syndrome d'Asperger n'existait que par le regard que les autres posent sur nous ? 

A mon avis, si syndrome il y a, c'est plus celui d'une société maladivement orthonormée et psychorigide jusqu'à l'intolérance, que LE MIEN.