" Un autiste profond passe sa vie en prison. Un Asperger la passe au zoo..." - S.F -

jeudi 21 juillet 2016

Ma psy avait raison !

Je suis Asperger, ma psy avait raison...

Pour Ch. qui a fait mon évaluation, cela tient du miracle que Françoise ait pu déceler chez moi le syndrome, tant il est masqué, compensé par des années de sur-adaptation épuisante et parfois vaine. 
Il est pourtant là et je n'en ai rien su pendant 45 ans. Encore aujourd’hui je ne sais qu'en penser. Cela fait plus d'une semaine que Ch. m'a donné sa réponse lors d'un rendez-vous sur Skype, après plusieurs passages de tests échangés par mail, deux séances sur Skype et un rendez-vous physique de deux heures trente dans les locaux de l'association Actions pour l'Autisme Asperger à Bayonne.
Avant de pouvoir se prononcer, elle a également pris contact avec Françoise, mais aussi ma fille pour recueillir son précieux témoignage. C'est grâce à celui-ci qu'elle a pu mesurer l'impact du syndrome sur ma vie quotidienne et à quel point il pouvait être handicapant.
Car moi, je n'en ai pas conscience, finalement. D'ailleurs j'ai été incapable de répondre à une question pourtant essentielle : "donnez-moi quelques exemples de maladresses sociales."
Ca semble simple, dit comme ça, mais c'est pourtant totalement paradoxal. Si je me rendais compte que je commets une maladresse, je ne la ferais pas ! 
Je ne peux malheureusement qu'en constater les résultats, sans en deviner les causes. Oui, les gens s'éloignent de moi (enfin, certains, pas tous heureusement !), oui j'ai systématiquement des problèmes avec ma hiérarchie dans le cadre de ma vie professionnelle, non je n'arrive pas à rentrer dans la plupart des conversations et oui je me sens très mal à l'aise dès que je suis face à plus de deux personnes mais pourquoi ? Je n'en sais fichtre rien. Alors comment en parler ? 
Comment parler des anomalies de mon fonctionnement alors que je n'en ai pas conscience moi-même ? 
Aux thérapeutes qui me liraient : vous soupçonnez un effet Barnum chez votre interlocuteur ? L'absence de réponses à cette question devrait lever vos doutes plutôt que de vous conforter dans votre opinion. On ne peut pas parler de quelque chose qui fait totalement partie de nous et dont on n'a pas conscience, cette absence de conscience étant justement la cause de tous nos problèmes !

Maintenant que je me sais Asperger, à l'issue d'une évaluation fiable car très sérieusement menée, j'ai deux objectifs :
Le premier, comprendre au mieux mon fonctionnement, en saisir les limites mais aussi les atouts, car il y en a forcément. 
" Accepter ce que je ne peux pas changer et changer ce que je peux, avec la sagesse d'en connaitre la différence".
Sérénité, sagesse, courage... Ceux qui connaissent la Prière de la Sérénité si pratiquée en A.A., merveilleux outil pour l'atteinte de la sobriété, comprendront... 
Le second, me construire sur ces nouvelles bases, me développer en harmonie avec ce Moi dont je détiens enfin les clefs. 
Une piste que je commence seulement à creuser, mais qui me semble passionnante : la désintégration positive. Mon nouvel intérêt restreint ?

Je ne sais pas, je me sens épuisée, vidée mais aussi très calme et intérieurement silencieuse. Pas de ce silence angoissant car signe de calme avant la tempête, non, le silence de la paix intérieure et l'apaisement. 



Parfois je pense "je suis autiste Asperger." Je tends l'oreille, à l'écoute du moindre signe de colère, de tristesse, de rejet, de frustration. Rien. 
Cela ne sonne ni comme une sentence ni comme une révélation. C'est juste une constatation, une description objective de ma réalité. 
Quand Françoise m'a demandé ce que cela me faisait d'avoir enfin mon diagnostic, je lui ai répondu que je n'en savais rien, que pour une fois je n'avais aucun mot, que je n'arrivais d'ailleurs même pas à en parler sur mon blog, alors que je pensais que je m'y serais ruée dès l'annonce du résultat. 
Que je sentais que c'était là, au fond de moi mais que ça ne remontait pas à mon cerveau et que je n'avais finalement pas envie de le partager mais de le garder en moi, bien au chaud.
Elle a trouvé que c'était plutôt bon signe, que je n'étais pas en phase d'acceptation contrairement à ce que je pensais, mais que je l'avais déjà intégré. Là encore elle avait raison.

Je ne peux que la remercier pour sa clairvoyance, son humanité sans faille et ses compétences professionnelles. Sans elle je serai encore dans l'errance et l'ignorance.

A tous les bretons qui me lisent car se sentant concernés par le Syndrome d'Asperger, soit pour eux-mêmes soit pour leurs proches, sachez que nous avons la chance d'avoir quelqu'un comme elle dans notre région.

Quant à Ch., la psychologue qui a réalisé mon évaluation, sa disponibilité, son efficacité et sa bienveillance furent admirables. Merci à elle, ô combien.

Je vais devenir membre de leur association, je leur dois bien ça, d'autant que la présidente Mme Stourzde, grâce à qui j'ai pu finaliser ce diagnostic en un temps record (comparé aux délais d'attente du CRA) m' a affirmé que je pouvais compter sur leur soutien et leurs compétences quant à mon insertion professionnelle.

Aujourd'hui est un beau jour.

Je suis Asperger.

Et je le sais.




vendredi 15 juillet 2016

le dernier jour

LE DERNIER JOUR


" Se réveiller après un sommeil sans rêve, s'asseoir au bord du lit, poser ses pieds nus au sol et en sentir l'agréable fraîcheur. 
Prier. Merci mon Dieu. Juste merci. 

Boire un thé fort et un peu amer sur le balcon, le regard perdu neuf étages plus bas, à regarder sans le voir son quartier qui sort de la nuit. 
Calme, d'un calme jamais éprouvé, ranger et nettoyer, essuyer la vaisselle égouttée, faire briller l'évier.
Puis s'asseoir à la table de la cuisine, goûter le silence, la chaleur qui monte lentement par la fenêtre ouverte sur ce beau jour d'été. 
Respirer. 
Ecouter son cœur battre et ne rien faire d'autre. Non, rien d'autre.

A l'heure la plus chaude, s'allonger dans la douce obscurité de la chambre, fermer les yeux, ne pas penser.
Respirer.
Se lever enfin, un peu moite, tirer le drap, en effacer le moindre pli et prier à nouveau. Mon Dieu regarde moi, regarde ma Foi. Que ta Volonté soit faite, mon Dieu. Je crois en Toi.
Laisser passer les heures, attendre encore et encore, immobile à la table de la cuisine. Croiser les mains pour qu'elles ne tremblent pas. 
Fermer les yeux pour qu'ils ne cillent pas. 
Respirer.

Au coucher du soleil, prier à nouveau. A Toi qui ne demande rien, je t'offre ce cadeau, Mon Dieu. Tu es grand, seul et unique. Grâce à moi ton Nom sera loué. Tel est mon présent. 
Puis prendre ses clés, franchir le seuil de l'appartement, le regarder une dernière fois, propre et ordonné, fermer la porte à clé.
Monter dans le fourgon, le faire démarrer, conduire dans la ville déserte jusqu'à la mer, se garer pas trop loin, à l'endroit maintes fois repéré, laisser tourner le moteur, attendre encore un peu, pas longtemps, juste le bon moment.
Regarder le ciel s'embraser de mille teintes, les fusées du bouquet final envahir la nuit et retomber en pluie incandescente, puis laisser mourir les applaudissements des milliers de spectateurs venus assister au spectacle du feu d'artifice se reflétant sur la mer, attendre que la foule commence à se disperser. 
Essuyer sur ses cuisses ses mains en sueur, les crisper sur le volant.
Respirer.
Maintenant. 

Passer les vitesses. Accélérer. Ne pas freiner.
 Ni au premier impact, ni aux suivants. 
S'autoriser un très court instant à fermer les yeux sur les tous premiers corps écrasés, puis se jurer de les garder grands ouverts jusqu’au bout.
Respirer. 
Prier. 
Dieu est Grand. 
Continuer jusqu'à la fin. Ne pas dévier malgré les hurlements, les heurts, les pleurs. 
Respirer. 
Prier. 
Dieu est Grand.

Ne pas trembler quand les premiers coups de feu résonnent, ne pas paniquer quand le première balle transperce le pare-brise.

Respirer une dernière fois.
Tuer une dernière fois.
Prier une dernière fois.
Dieu est Grand.
Dieu est Grand.
Dieu est Grand.

Puis mourir "

- S.F. -

Ce peut-il que ce soit aussi ...simple que cela ?


Jonglerie

JONGLERIE



" Un korrigan

A catogan

En cardigan

Perdit le gant

De l’élégant 

Perdigan. "

- S.F. -







*

*            *

hommage

Cet étrange haïku s'est imposé à moi la veille du tragique attentat de Nice qui nous bouleverse tous tant ce matin.

D'où le titre...


HOMMAGE


" Les roses sont pourpres

Du sang de nos morts.

Me faut-il les aimer ? " 

- S.F -


mercredi 1 juin 2016

mondes parallèles...

mardi 31 mai, 23h30 :




La réalité n'existe pas. 
La réalité n'existe pas, parce que l'objectivité n'existe pas.
Et l'objectivité n'existe pas, parce que nous sommes humains.

Je viens de m'en rendre compte aujourd'hui. Ce sont des choses auxquelles j'ai déjà pensé, mais sans approfondir. Là, il va bien falloir que j'aille au bout de mon raisonnement, sinon ça va me bouffer la tête. Les mots vont s'écrire encore et encore dans mon cerveau, je n'arriverai pas à dormir, et à deux heures du matin il faudra que je me relève pour les noter quelque part.
donc raccourci, gain de temps, je les écris maintenant. 

Alors reprenons. 
J'affirme que la réalité n'existe pas, je vais nuancer : la réalité existe, mais hors de la perception humaine. Je vous assure que c'est vrai : rien, aucun élément, aucun événement ne peut rester purement factuel dès lors qu'il est appréhendé par le cerveau humain. Et pourquoi ça ? Parce que nous mettons forcément des filtres à toutes les situations que nous vivons, et que ces filtres sont purement subjectifs et infiniment variables d'un individu à l'autre.
Notre cerveau enregistre énormément de paramètres sur notre environnement, instantanément, constamment mais fort heureusement, en "tâche de fond". Les informations arrivant à notre conscience ont d'abord été traitées et triées en fonction de paramètres qui sont propres à chacun. Et elle sont interprétées, forcément. Par nos sens, notre éducation, notre environnement social, notre morale, notre savoir, nos expériences, et que sais-je encore. 

Dès lors, que reste-t-il d'objectif dans ce je vois, dans ce que je vis ? Quelle réalité commune pouvons-nous partager ? En existe-t-il une, au moins ?

Quand la profession hôtelière se réjouit d'un bel été, les agriculteurs se plaignent de la sécheresse. Alors oui, il fait beau, mais pour qui ? Par rapport à quoi ? 
Dans les faits, il a fait doux et il n'a pas plu pendant deux mois. Pour la plupart des gens, cette réalité deviendra celle d'un bel été, et c'est le souvenir qu'ils en garderont, alors que pour d'autres, cet été-là restera un mauvais souvenir. Subjectivité.

Un autre exemple. Placez dix collaborateurs dans une même salle pour une réunion de travail. Un seul et même contexte : deux heures à écouter un intervenant sur une thématique professionnelle, dans une salle climatisée à 20° et éclairée aux néons. 
Une seule réalité, vécue pourtant de dix façons différentes : le premier s'ennuiera à mourir pendant que le second sera captivé, le troisième trouvera les sièges inconfortables alors que le quatrième s'amusera à tenir en équilibre sur les deux pieds arrière, le cinquième sera le seul à avoir trop chaud, le sixième remarquera qu'un néon clignote, ce qui ne dérangera personne à par lui, etc... Et les souvenirs que chacun en gardera seront très différents, alors que tous ont apparemment vécu la même chose. 

Hier, ma psychothérapeute m'a lu un courrier que lui a envoyé mon père à sa demande, puisqu'elle cherche à "pister" le SA dans mon enfance et ma petite enfance. Mon père s'est donc prêté à l'exercice (ce dont je lui suis reconnaissante) et a rédigé un texte extrêmement factuel, décrivant certains événements marquants de notre histoire familiale avec beaucoup de distance, sans implication émotionnelle. 
Cette liste de faits semble très objective, puisque uniquement descriptive, chronologique, informative. 

Sauf que.

Elle en est bien loin. Que d'omissions ! Que d'interprétation ! Que de subjectivité !
Ce qu'il écrit est si éloigné de mes propres souvenirs, les conclusions qu'il en tire sont tellement "jugeantes" et péremptoires, persuadé qu'il est de détenir LA vérité, la vision qu'il a et qu'il a toujours eu de moi est tellement loin de qui je suis vraiment !
Nous avons vécu les mêmes choses pourtant, mais de façon si différente qu'il en résulte deux réalités diamétralement opposées. Nous vivons dans deux mondes parallèles qui, par définition, ne se rencontreront jamais. 



Je comprends aujourd'hui à quel point ça a toujours été difficile pour lui de m'aimer, les filtres qu'il a dès qu'il pose le regard sur moi sont tellement déformants ! 

Alors oui, j'ai mal. J'ai très très mal même si j'avais compris cela depuis bien longtemps. Les plaies que je pensais cicatrisées sont à nouveau ouvertes, ça fait 45 ans qu'elles tentent de se refermer, en vain.

Et voilà comment je réagis. Voilà comment fonctionne mon cerveau : j'intellectualise, j'élabore de toutes pièces une théorie qui a déjà été développée avant moi, par des gens bien plus compétents et avec bien plus de talent. Sauf que moi, c'est ma pensée propre. Je n'ai jamais rien lu à ce sujet, même si je sais que cette théorie existe. 
Voilà à quoi me sert mon HQI : à réinventer l'eau chaude ! le fil à couper le beurre ! le pas de vis ! pi ! le zéro ! 

C'est dramatiquement inutile. Mais c'est mon fonctionnement. 

Je crois que ça me permet de me tenir à distance de mes émotions pour un temps. A distance de mon cerveau, mais pas de mon corps. Elles viennent se nicher à des endroits précis, c'est d'ailleurs grâce à cela que je peux les identifier. 
L'angoisse me chatouille le plexus solaire. 
La colère me serre l'estomac.
La tristesse, c'est comme un poids au niveau du cœur.
L'amour, c'est aussi au niveau du cœur, mais c'est comme une porte qui s'ouvre.

Aujourd'hui, je sais que je suis en colère, angoissée et très triste. 
Ca passera, comment et dans combien de temps je ne sais pas, mais ça passera.

En tous cas, à cet instant précis j'en déduis deux choses, deux toutes petites certitudes mais qui n'en sont pas, vu le nombre de questions qu'elles posent :

La première, c'est que je devrais me sentir soulagée, car  libérée du regard et du jugement de mon père. Car enfin, à quoi bon vouloir encore essayer de ressembler à l'image qu'il a de moi, puisque c'est totalement impossible ? A quoi bon tenter de ne pas le décevoir, puisqu'il le sera forcément ? A quoi bon tenter de lui expliquer, puisqu'il n'entendra pas ? A quoi bon vouloir à tout crin lui faire partager ma réalité, puisque de son monde il ne peut même pas la concevoir ?

La deuxième, c'est que je peux finalement étendre ce raisonnement à tout ce et tous ceux qui m'entourent. Cette société n'est pas la mienne, ce monde du travail n'est pas le mien, ces codes n'ont aucune raison d'être dans mon monde à moi, ma réalité n'est pas, et ne sera jamais la vôtre. Et bien sûr, réciproquement. Alors, le titre de mon blog serait-il purement utopique ? Est-il possible de créer des passerelles entre nos différents mondes ? Est-ce souhaitable ? Est-ce faisable ? 
Ne ferais-je pas mieux de couper au contraire tous les ponts, de peaufiner ma planète et de ne laisser surtout à personne le pouvoir de la détruire ? 

Voilà en tous cas un témoignage objectif de ma totale subjectivité, voilà ce qui se passe en moi dès lors que mes neurones s'agitent un peu trop fort. Alors, typiquement Asperger ou pas du tout ? Je n'en sais rien, vous en pensez quoi, vous ?
Et vous, comment gérez-vous vos émotions ? Le partage serait intéressant.
Je ne sais pas si vous pouvez laisser des commentaires sur mon blog, vu que je n'en ai aucun pour l'instant. Mais si c'est le cas, et si vous souhaitez réagir, n'hésitez pas à le faire.
Sinon, écrivez-moi par mail à unpontentredesmondes@gmail.com, je serais ravie d'entamer toute discussion à ce sujet !


PS : Au hasard de mes pérégrinations sur le web, je tombe sur le PDF intégral d'un ouvrage intitulé "L'univers est un hologramme", de Michael Talbot. Une fois téléchargé, j'entame la lecture de la préface, signée du journaliste et écrivain Patrice Van Eersel. Et voilà ce que j'y lis :

S'il fallait raconter en une seule mot la Renaissance qui, à partir du XVe siècle engendra la modernité, on pourrait, je crois, s'arrêter à celui-ci : lentille - que les opticiens appellent aussi objectif.
La lentille permet de construire des microscopes et des télescopes, et donc de pénétrer les univers infiniment petit et infiniment grand. Elle constitue surtout un filtre traducteur entre le monde (inconnu à priori) et notre conscience (qui nous est donnée d'emblée). [...]
En réalité, c'est toute une vision du monde que la lentille va introduire à partir du XVIe siècle : peu à peu, seuls ses "filtrages" seront reconnus comme représentants légitimes du réel. Et comme une lentille (objectif) ne peut traduire le-dit réel qu'en terme d'objets [...] , seuls les objets seront donc décrétés vraiment "réels". La phrase "ceci est objectif" deviendra synonyme de "ceci existe". Alors que "cela est subjectif" voudra plutôt dire -derrière une aumône de reconnaissance, au nom de la liberté d'opinion- : "cela est sujet à caution" ou "cela relève du fantasme", et donc, au bout du compte, "cela n'existe pas".

Voilà de quoi étayer mes réflexions... et les vôtres aussi, en tous cas je l'espère !





jeudi 19 mai 2016

C'est grave, docteur ?

Si je résume et si j'ai bien tout compris, être Asperger c'est :


  • ne pas savoir parler pour ne rien dire.

"Bonjour ça va ?
- Ben oui, et toi ça va ?
- Ouais, le top. Il fait beau aujourd'hui, hein ?
- Ah oui, trop. Il était temps, hein.
- Tu m'étonnes... Bon ben salut, alors !
- Oui, c'est ça, à plus !"


Waouh. C'est vrai que là, on passe à côté de quelque chose, indéniablement !
Non mais franchement, moi j'appelle ça "faire du vent". Parce qu'au final, il s'est passé quoi, entre ces deux personnes ? Rien du tout. Elles ne se seraient pas parlées, ça aurait été pareil.

Entre Asperger, ça donnerait plutôt ça :
"Bonjour, comment vas-tu ?
- Pas fort, chuis crevée. Je dors pas bien en ce moment, j'arrête pas de gamberger, ça m'épuise.
- Ah oui, je vois. Je connais bien. Tu sais quoi ? j'ai essayé la valériane, franchement ça m'a fait du bien.
- Merci du tuyau, ça coûte rien d'essayer en effet. Bon, ben je profite qu'il fasse beau pour aller m'en acheter une boîte, tiens.
- Ok, alors à plus, et surtout repose-toi bien !"
Parce que quand on demande comment va l'autre, on attend une vraie réponse, on s'intéresse vraiment à son état de santé, et si l'interlocuteur répond sincèrement, alors un dialogue constructif peut avoir lieu.

De ces deux dialogues, devinez lequel je préfère ?

  • ne parler que de soi et de ce que l'on connait
Et ? Il est où le problème ? Vous ne pensez pas que tout le monde devrait en faire autant ? Parler de ce que l'on connait, et uniquement de ce que l'on connait, devrait être la base même de tout échange. Ca éviterait 

les rumeurs :
-"Tu sais quoi ? Madame Corne est cocue !
- Ah bon ? Tu couches avec son mari ?  (exemple de mauvaise réponse)
- Ah oui, t'es sûre ?
- A 200%. En plus, c'est Machine qui me l'a dit. Elle est au courant, parce qu'elle connait très bien la cousine de l'arrière grand-tante de Mr Corne, en fait elles bossent ensemble alors tu vois... Mébon je te dis ça je te dis rien. 
- Pauvre Mme Corne... C'est clair que c'est pas le genre de truc à répéter. En même temps, ma voisine la connait bien, leurs enfants sont dans la même école je crois. Faut que j'aille lui raconter ça, elle va pas en revenir !"

les préjugés :
- un autiste, ça parle pas

le racisme :
- les roms, tous des voleurs



et j'en passe.

  • ne pas bien décrypter les émotions :
Dit comme ça, ça peut être embarrassant. On demande à une personne comment elle va, elle nous répond que ça baigne et cinq minutes après elle fond en larmes. 
C'est gênant. 
Oui, mais. Si cette personne, au lieu de nous répondre que ça va, nous avait dit tout simplement la vérité, à savoir qu'en fait non, ça va pas du tout, on aurait su gérer. Si elle nous tait l'information, c'est vrai qu'on ne peut pas deviner. Mais si elle nous en parle, on comprend et on peut agir : compatir, rassurer, consoler. Car on ne manque pas d'empathie !
En résumé, on ne sait peut-être pas décoder ce que l'autre veut nous cacher, mais on sait s'y intéresser de très près. 

La personne "normale", elle, sait lire les signes de malaise chez l'autre, mais elle n'en a rien à faire. Au final, qu'est-ce qui est le mieux ?



  • avoir des paroles ou des réactions inadaptées
Ah. Inadaptées, dites-vous ? Parce qu'authentiques et sans filtre ? Et ? 
Ca peut vexer l'autre, le mettre mal à l'aise, le blesser. Pourtant, on dit qu'il n'y a que la vérité qui fâche. C'est de ma faute à moi si les gens sont susceptibles ?


  • avoir des "intérêts restreints"
Bon, on pourrait dire des passions, des domaines d'intérêts, tout de suite ça fait moins pathologique, mébon... Soit. 
Il est où, le problème ? On serait les seuls ? Que dire des footeux qui connaissent le classement de toutes les équipes dans chaque ligue, le montant de chaque transfert, le petit nom du moindre entraîneur et jusqu'à la couleur des caleçons des joueurs ? 
Ils sont pourtant légion, et on ne leur confisque pas pour autant la zapette lorsqu'ils se relèvent à deux heures du mat' pour regarder en direct sur leur télé XXXXL achetée pour l'occasion le match France/Mozambique en seizième de finale de la coupe du monde. 
Ok, certains d'entre nous connaissent tous les horaires des trains et tous les changements sur toute la France, dimanche et jours fériés compris. D'autres vont vous parler avec une gourmandise non feinte des différents modèles de turbines, hélices et arbres à came utilisés de 1952 à nos jours sur les Corsica Ferries. 

Au moins, reconnaissons leur l'élégance de ne JAMAIS parler politique !


  • avoir des rituels et des routines 
Dites-moi, ça gêne qui, au juste ? D'autant que ces fameux rituels ne concernent le plus souvent que notre vie quotidienne et ne sont pas visibles "en société". 
Donc, je repose la question : qui est-ce que ça gêne si je préfère empiler mes livres plutôt que les ranger sur la tranche ? Commencer à aspirer mon salon toujours par le coin diamétralement opposé à la porte d'entrée ? Me laver les dents plus de trois fois par jour ? Tirer systématiquement les quatre coins de mon oreiller et en tapoter le centre huit fois avant de poser ma tête dessus ? Classer ma liste de courses en fonction des rayons ?

Et puis, serions-nous les seuls compulsifs obsessionnels en ce bas monde ?

Bref, vu comme ça et de loin, on dirait bien qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat. 
Du coup, je cherche à comprendre, moi. 

Pourquoi ces différences (et j'insiste bien sur le mot différence), finalement bien futiles et minimes, deviendraient un handicap dès lors qu'on les cumule ? 
Qu'ont-elles de si dérangeantes pour que notre société veuille à tout crin les gommer ? 
Pourquoi devrions-nous être sans cesse dans l'adaptation alors que la grande majorité de nos interlocuteurs ne s'adapte pas à nous ?
Comment ces différences, que je trouve bien légères, peuvent au final générer de tels sentiments de décalage, de souffrance et de solitude ? 

Serions-nous seuls en cause ? 


Et si le Syndrome d'Asperger n'existait que par le regard que les autres posent sur nous ? 

A mon avis, si syndrome il y a, c'est plus celui d'une société maladivement orthonormée et psychorigide jusqu'à l'intolérance, que LE MIEN.




















lundi 16 mai 2016

chronologie d'un diagnostic


  • vendredi 8 Avril 2016, séance avec F., ma psychothérapeute :

Elle me parle pour la nième fois d'un possible syndrome d'Asperger me concernant. L'idée fait cependant son chemin, et je décide de faire une demande de dossier au CRA (Centre de Ressource Autisme) de ma région. tout savoir sur les CRA
Ce dossier devant être impérativement accompagné d'un courrier médical (sous peine de ne pas être traité) signé par un médecin (traitant, psychiatre), je dois donc prendre RDV avec le psychiatre qui me suivait auparavant et que je n'ai pas revu depuis plus d'un an.
Elle m'invite également à une conférence sur l'Autisme de Haut Niveau et le Syndrome d'Asperger qui se tiendra quinze jours plus tard, organisée par l'association Asperansa J'accepte de m'y rendre. 


  • mercredi 20 Avril, RDV avec mon psychiatre :
Pendant lequel je lui expose la suspicion de syndrome et ma volonté de me faire détecter. Je l'informe également du fait que j'ai arrêté mes régulateurs d'humeur depuis quatre mois et que tout se passe bien pour l'instant. 
Ecoute attentive et bienveillante de sa part. 
Il semble au fait de la procédure à suivre, et se propose de rédiger un courrier accompagné de toutes les notes qu'il a pu prendre me concernant pendant plus de quatre ans de suivi, dans un délai d'une à deux semaines. Il me suggère également de revoir la psychologue qui me suivait à l'époque pour qu'elle puisse elle aussi faire une synthèse à joindre à mon dossier.
RDV pris pour le 28 Avril.

  • jeudi 28 Avril, RDV avec ma psychologue :
Que je n'ai pas revue depuis 2014. Très sensible au sujet, puisque sa thèse de fin d'études portait sur l'autisme ! Elle m'en remet même une copie qu'elle me conseille de lire en prenant des notes. Nous planifions de nous revoir pour une séance de deux heures afin de faire cette fameuse synthèse. RDV pris pour le jeudi 16 Juin, pas de disponibilité avant.

  • vendredi 29 Avril, journée conférence sur l'Autisme de Haut Niveau :
Le ciel me tombe sur la tête (aïe !). Plus aucun doute n'est permis. Le SA, c'est moi !
Deux interventions me concernent plus particulièrement, celles d'associations œuvrant pour l'accès et le maintien à l'emploi des Asperger. Vu ma situation actuelle vis-à-vis de mon employeur, je note scrupuleusement leurs coordonnées et me promets de les contacter au plus vite. 

S'ensuivent plusieurs jours de flottement, de remise en question, de lectures avides de tout ce que je peux trouver sur internet concernant le SA. Révélations. Les pièces du puzzle de ma vie sont enfin emboîtées. 
Deux conclusions s'imposent alors à moi :
1) Je DOIS obtenir ce diagnostic, et pas question d'attendre trois ans pour ça. 
2) je ne PEUX pas et ne pourrai jamais reprendre mon poste actuel de technico-commerciale. Je comprends enfin mes boules au ventre dès qu'il fallait que je fasse de la prospection, mon épuisement permanent, mes angoisses, mes problèmes relationnels avec ma hiérarchie, mon incapacité à trouver ma place lors des grandes réunions, mes interventions toujours saugrenues et déplacées, etc. 
Il faut donc qu'en parallèle de ma démarche de diagnostic, je mette en place ce qu'il faut pour trouver enfin ma place dans le monde du travail, à savoir :
  •  obtenir une RQTH (reconnaissance de Travailleur Handicapé). comment être reconnu travailleur handicapé ? Le dossier est déjà sur mon bureau, demandé pour ma spondyloarthrite pour laquelle je suis en arrêt maladie depuis fin février. Il me faut un certificat médical pour le finaliser, mais aussi rédiger un argumentaire qu'ils appellent "projet de vie" mettant également en avant mon SA.
  • obtenir un Bilan de Compétences, afin d'accéder à une formation qualifiante. RDV pris auprès du Centre Atlas, spécialisé dans le public en arrêt maladie ou reconnu handicapé. Réunion publique d'information prévue le vendredi 13 mai au matin.
Je contacte également par mail la présidente de l'association Actions pour l'Autisme Asperger, présente à la conférence, qui me propose gentiment un RDV téléphonique pour le dimanche 15 Mai au matin.


  • mercredi 11 mai, relance téléphonique pour l'obtention du courrier de mon psychiatre :
La secrétaire me dit n'être au courant de rien ! Très réactive, elle interroge dans la matinée le psychiatre et me rappelle pour me dire que les notes seront prêtes dans la journée. Je lui demande de me les poster, ne sachant pas trop quand je pourrai passer les récupérer. Je les reçois deux jours plus tard.

  • vendredi 13 Mai, matinée au centre Atlas, réunion publique d'information :
Où l'on me dit que je ne suis vraisemblablement pas prête à entamer tout de suite un bilan de compétences, la priorité étant dans mon cas d'enrayer  la poussée inflammatoire qui m'empêche de travailler depuis trois mois et d'avancer sur la reconnaissance de mon SA. Bien vu. C'est vrai que je suis tellement obsédée par cette idée d'être Asperger que je ne suis absolument pas disponible pour quoi que ce soit d'autre. Les intervenantes me donnent cependant un plan d'action qui est le suivant :
  1. contacter le médecin du travail qui a fait ma visite d'embauche pour l'informer de ma situation (je ne comprends absolument pas pourquoi, mais bon, je vais le faire)
  2. finaliser ma demande de RQTH auprès de la Maison de l'Autonomie 
  3. poursuivre mes démarches de diagnostic du SA
  4. renouveler en attendant mon arrêt maladie pour ma spondyloarthrite le temps qu'il faudra
  • vendredi 13 Mai, RDV avec mon médecin-traitant :
Consultation de presque deux heures (heureusement qu'elle n'avait plus de RDV après moi !), pendant laquelle elle m'écoute avec beaucoup d'attention et décide d'appuyer ma démarche de son mieux. Avec une rare efficacité, elle rédige :
  1. le certificat médical pour mon dossier RQTH
  2. un courrier pour ma demande au CRA
  3. une reconduction de mon arrêt maladie jusqu'à fin juin
  • samedi 14 Mai, 11h40 :
Je poste avec un immense soulagement ma demande de diagnostic pour le CRA, dossier complété en bonne et dûe forme, courrier pesé et affranchi, pile poil avant la levée de midi !



Où, lors d'une conversation d'une humanité qui fait du bien, elle me parle entre autres choses de la possibilité d’accélérer le processus de diagnostic en passant par son association, puisque celle-ci travaille en étroite collaboration avec une psychologue formée au diagnostic par le Docteur Isabelle Henault, qui a travaillé avec Tony Attwood et dont elle est restée très proche. Ils ont donc une vraie expertise dans le diagnostic du Syndrome d'Asperger, particulièrement au féminin. 
Je me laisse 48h de réflexion, mais je sais déjà que je vais casser ma tirelire (entre le diagnostic, le déplacement et l'hébergement sur Bayonne) et accepter sa proposition.
Elle m'envoie également par mail un formulaire de plusieurs pages destiné à me guider dans ma réflexion sur mon avenir professionnel et le choix d'une branche qui m'intéresserait.

  • mardi 17 Mai, RDV pour évaluation SA avec un neuropsychologue
Où, pendant une heure, j'ai dû faire un joli dessin, retenir des noms communs par séquences de quatre, répéter des suites de nombres à l'envers / à l'endroit, donner tous les mots qui me passaient par la tête et commençant par P, ... 
Rigolo, je ne dis pas, sauf que j'y suis allée avec les résultats détaillés de mon WAIS III, où pas mal de choses sont déjà explicitées. Résultats : pour certains tests je suis dans la tranche normale, pour d'autres bien au-dessus. Je suis donc HQI "confirmée". Youpi. (mébon, je le savais déjà...)
Son rapport écrit souligne surtout le fait que "les fonctions instrumentales, mnésiques, exécutives et attentionnelles sont préservées" et que "le bilan neuropsychologique n'objective aucun trouble cognitif". Dois-je soupirer de soulagement ? Non, ça aussi je le savais déjà.
Sa synthèse à l'oral fut cependant plus riche. En résumé, j'ai un cerveau qui fonctionne très vite et très bien, rien dans ce qu'il a pu observer de moi ne peut objectiver un possible SA, mais rien ne le réfute non plus. Il insiste sur le fait que tous les Asperger ne sont pas HQI (contrairement au mythe "Big Bang Theory"), et que dans mon cas le HQI vient très certainement combler les déficiences liées au SA. 

Conclusion ? Je décide de passer par l'association Actions pour l'Autisme Asperger. Mme Stourdze, à qui j'ai envoyé par mail le bilan, le trouve "intéressant" et me communique le numéro de téléphone de la psychologue. 
Contact établi le soir même. Echanges de mail à suivre avant de convenir d'une date sans doute courant Juillet.

Et j'ai profité de mon passage "à la ville" pour déposer mon dossier à la MDA. Complet et tamponné, il ira rejoindre une foultitude d'autres dossiers qui seront traités dans un délai d'environ un an...