" Un autiste profond passe sa vie en prison. Un Asperger la passe au zoo..." - S.F -

vendredi 15 juillet 2016

le dernier jour

LE DERNIER JOUR


" Se réveiller après un sommeil sans rêve, s'asseoir au bord du lit, poser ses pieds nus au sol et en sentir l'agréable fraîcheur. 
Prier. Merci mon Dieu. Juste merci. 

Boire un thé fort et un peu amer sur le balcon, le regard perdu neuf étages plus bas, à regarder sans le voir son quartier qui sort de la nuit. 
Calme, d'un calme jamais éprouvé, ranger et nettoyer, essuyer la vaisselle égouttée, faire briller l'évier.
Puis s'asseoir à la table de la cuisine, goûter le silence, la chaleur qui monte lentement par la fenêtre ouverte sur ce beau jour d'été. 
Respirer. 
Ecouter son cœur battre et ne rien faire d'autre. Non, rien d'autre.

A l'heure la plus chaude, s'allonger dans la douce obscurité de la chambre, fermer les yeux, ne pas penser.
Respirer.
Se lever enfin, un peu moite, tirer le drap, en effacer le moindre pli et prier à nouveau. Mon Dieu regarde moi, regarde ma Foi. Que ta Volonté soit faite, mon Dieu. Je crois en Toi.
Laisser passer les heures, attendre encore et encore, immobile à la table de la cuisine. Croiser les mains pour qu'elles ne tremblent pas. 
Fermer les yeux pour qu'ils ne cillent pas. 
Respirer.

Au coucher du soleil, prier à nouveau. A Toi qui ne demande rien, je t'offre ce cadeau, Mon Dieu. Tu es grand, seul et unique. Grâce à moi ton Nom sera loué. Tel est mon présent. 
Puis prendre ses clés, franchir le seuil de l'appartement, le regarder une dernière fois, propre et ordonné, fermer la porte à clé.
Monter dans le fourgon, le faire démarrer, conduire dans la ville déserte jusqu'à la mer, se garer pas trop loin, à l'endroit maintes fois repéré, laisser tourner le moteur, attendre encore un peu, pas longtemps, juste le bon moment.
Regarder le ciel s'embraser de mille teintes, les fusées du bouquet final envahir la nuit et retomber en pluie incandescente, puis laisser mourir les applaudissements des milliers de spectateurs venus assister au spectacle du feu d'artifice se reflétant sur la mer, attendre que la foule commence à se disperser. 
Essuyer sur ses cuisses ses mains en sueur, les crisper sur le volant.
Respirer.
Maintenant. 

Passer les vitesses. Accélérer. Ne pas freiner.
 Ni au premier impact, ni aux suivants. 
S'autoriser un très court instant à fermer les yeux sur les tous premiers corps écrasés, puis se jurer de les garder grands ouverts jusqu’au bout.
Respirer. 
Prier. 
Dieu est Grand. 
Continuer jusqu'à la fin. Ne pas dévier malgré les hurlements, les heurts, les pleurs. 
Respirer. 
Prier. 
Dieu est Grand.

Ne pas trembler quand les premiers coups de feu résonnent, ne pas paniquer quand le première balle transperce le pare-brise.

Respirer une dernière fois.
Tuer une dernière fois.
Prier une dernière fois.
Dieu est Grand.
Dieu est Grand.
Dieu est Grand.

Puis mourir "

- S.F. -

Ce peut-il que ce soit aussi ...simple que cela ?